Le retour de récré

Publié le par Emilie Hanrot

La récréation est un moment divin... quand je ne suis pas de service de surveillance. Je sirote un breuvage chaud dans une tasse ébréchée, assise, seule ou entourée d'adultes, ce qui est rare dans ma journée de prof. Le moment arrive pourtant où j’entends les collègues taper dans les mains, ce qui signe la fin de ce moment de répit. Il faut se lever et aller les chercher. Les élèves.

Alors que je les ai quittés il y a trente minutes à peine, ils m’attendent comme le Messie, agglutinés derrière une porte vitrée. Trop contents de rentrer au chaud et de me retrouver pour me dire un milliard de choses qui ne peuvent pas attendre. Des trucs d'une importance extrême qu’ils expriment bruyamment en me bombardant de questions ponctuées d’interjections :

- Maîtresse! Jimmy a dit un gros mot! C'est l'heure de la gym? Galatée elle veut pas me donner la main! Aie! Moi je suis tombé! Mais! Qui est chef de rang? Est-ce qu'on va faire du vélo? Milo il tapé Maya! Oh ! Regarde j'ai trouvé une craie! Maîtresse, je peux te donner la main? T'étais où? Mais je lui ai dit pardon! Hé! T'as vu mon nouveau col? On fait quoi maintenant? Snif ! Regarde mon bobo ! J'étais devant! Il a pris ma place! Nasser il pousse! Sylia elle a dit qu'elle est plus ma copine. On peut se mettre par trois? Mon papi il habite à la montagne. Mais! Jude il nous a doublés. Pourquoi on va pas en gym? On mange quoi à la cantine ?

 

Ce n’est pas anodin une récré. J’inspire un bon coup, je souris, et, tout en m’assurant que personne ne va se coincer le doigt dans la porte que je relâche gentiment, j’essaie de satisfaire mon groupe. Je les regarde à tour de rôle :

- Là, on remonte en classe en parlant poliment et sans pousser, la gym c'est l'après midi, et on ne fait pas de vélo quand il pleut, j’ai des pansements si ça saigne. Tu es triste qu'elle t'ait dit ça? Ah oui, une craie bleue ! Maya, ça va? Oui, j'ai entendu, tu t’es excusé. A la montagne ? Ce sont eux qui étaient devant. On marche les uns derrière les autres. N'oublie pas ton manteau. Ton col ? Bien sûr que je l’ai remarqué, il m'a l’air très doux. Je ne sais pas, je n'ai pas regardé le menu.

Rachel attend immobile. Je cherche ce que j’ai oublié :

- Oui, on peut se mettre par trois si on avance doucement et en silence.

 

Le calme est revenu. Un semblant d’ordre de justice et de bonheur flotte à nouveau dans le couloir. Je crois que c’est bon, on peut monter en classe…

 

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