L’amour est dans le préau

Publié le par Emilie Hanrot

Un petit attroupement de poulettes glousse autour de Greg.

Il est drôle, espiègle, un brin bagarreur. Il plait aux maîtresses et aux filles de 5 ans.

Sania le presse de répondre à une question de Magdalena. Greg regarde au loin, fait mine d’être ailleurs.

- Magdalena ? Je connais pas.

Sania rit déjà.

- Mais si, Magdalena, qui est là, à côté de toi.

La Maggie en question porte un petit blouson à sequins dorés, des souliers vernis, une couronne de tresses Reine des Neiges.

Greg le flatteur se tourne vers elle tout sourire:

- Vous voulez dire Mademoiselle La fée?

Greg a tout compris aux filles.

L'amour est donc à l'école. Attention, je ne parle pas de sexe torride en salle des maîtres. Hélas non. J'aimerais hein. Vous écrire un petit article avec cinquante nuances de craie. Mais nous sommes une équipe de femmes. Hétérosexuelles de surcroît. Boring. Alors, côté câlins et mots d'amour, ça se passe plutôt entre élèves.

J'observe et je soupire. Dès la maternelle, elles tombent dans le panneau.

Prenons Souleymane.

Il fait le mariole, il a une cicatrice aux sourcils, il répond aux adultes. Se prend pour un caïd. Un vrai bad boy. Un briseur de cœurs.

- Tu pleures Roxane? Ça ne va pas?

La plaie est toute fraîche. Sa copine Natasha explique:

- C'est Souleymane, il a jeté le dessin que Roxane lui a fait aux toilettes. Parce qu'elle est amoureuse de lui.

Roxane précise entre deux sanglots :

- Il a tiré la chasse!

Maria, la maîtresse de Souleymane intervient:

- Roxane, tu ne voudrais pas changer d'amoureux franchement ?

Roxane sèche ses larmes et regarde son prince passer en courant.

- Non, c'est pas grave. Je lui ferai un autre dessin demain! crie-t-elle en se lançant à la poursuite du Donjuan.

Mince, un peu de dignité ma fille.

Pendant ce temps-là, deux petits se montrent leur zizi sous le toboggan. Ils se marrent puis font des galipettes. Des vraies. Les mains par terre. Ils roulent, le dos rond.

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